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Si le vent soulève la neige …

Anne-Louise searches for answers in this article as to whether or not foreign film can offer alternative ways of understanding one’s own position within a nation. Can foreign conceptions of being solve our own existential concerns with living in the Western world?

Chaque humain est un jour confronté à ce qui sépare sa propre réalité de celle des autres. Depuis plusieurs mois, le Québec baigne dans un climat social influencé par ce phénomène. Notre subjectivité, mariée à un manque de connaissance générale des autres cultures, entraîne des jugements parfois sévères, voire même racistes. Comment pouvons- nous prendre conscience de la réalité d’autrui si l’on n’y est pas directement confronté? Qu’est-ce qui nous permet de juger ce que nous ne connaissons pas? En fait, l’ignorance est l’ennemie de toute société, peu importe laquelle. Les arts ont toujours eu la mission de faire grandir l’esprit humain, faisant voyager d’un continent à l’autre ce qui définit une nation. Le cinéma est, depuis ses débuts, un ambassadeur pour ce type de communication entre les peuples. Lorsque le spectateur est confronté à un film non Nord-Américain, il peut prendre le temps de se questionner sur la vision du monde qui défile sur l’écran devant lui.

Présenter la réalité d’un peuple, ses conditions de vie et la mentalité qui découle de ces conditions est probablement la manière la plus efficace de briser les préjugés envers une nation. Le film de la réalisatrice belge Marion Hänsel, si le vent soulève les sables (2006), entre dans ce type de cinéma. Tiré du roman Chamelle de Marc Durin-Valois, ce film nous fait suivre le tragique destin d’une famille africaine ordinaire. Loin d’être romancé, le récit nous transporte dans une vue dangereusement réaliste de l’existence au cœur d’un état de survie constant.

À travers le calme et la beauté enivrante du désert africain, le spectateur est confronté à la cruauté de la nature humaine. Images révoltantes de prises de pouvoir, de sacrifices et de la perte injuste d’innocents. Lorsque Rahne, Mouna et leurs trois enfants croient avoir enfin trouvé un refuge où se reposer, des hommes armés les entourent, réclamant les vivres, le chameau et les femmes (voir photo 1). Pour sauver sa famille, le père envoie sa petite Shasha vérifier le terrain et tracer un passage entre les mines anti-personnelles. Sans crainte, l’enfant s’exécute comme si toute cette situation n’était qu’un jeu. Le chemin étant libre, les agresseurs acceptent de partir les mains vides. Alors qu’ils s’éloignent dans les dunes, une balle perdue atteint le plus jeune des fils. Lui que le père avait tenté de sauvegarder (refusant qu’il soit l’éclaireur), meurt dans les bras de ses parents. Ironie du sort? Cela se peut. Mais surtout, ce revirement nous rappelle encore une fois qu’il existe un monde où la mort n’exclut personne. Que la mort n’attend pas l’arrivée d’un téléthon pour se manifester en public.

Avec humilité, on ne peut que se sentir touché par le sort de cette famille qui ne demande qu’à survivre dans un monde dépourvu d’abondance. Nous voyons ces gens continuer, portés par un espoir dont nous ne soupçonnons pas l’importance. Dans la douleur et la perte de ce qu’ils ont, les rôles s’inversent. Cette fillette qui voit son destin détourner la mort depuis le début du film, doit soutenir l’espoir. Shasha doit veiller sur son père, et le garder en contact avec l’âme des disparus. La beauté humaine de ce personnage emplit l’écran autant que la chaleur qui se dégage des images. Nous sommes tous petits face à cette réalité que nous ne connaissons pas. Nous apprenons le sens de l’humanité, de ce qui nous lie les uns aux autres. Car sans tomber dans le sensationnalis-me, la forme quasi documentaire de ce film reflète une vérité dont le paradoxe entre l’horreur et l’espoir bouleverse. Bien que l’on sache qu’il s’agit d’une fiction, on croit en ce récit rempli de poésie et de fantômes.

Ici, au Québec, on n’a pas souvent la chance de voir des films de cette qualité universelle. En fait, les maisons de distribution ne croient pas assez en leur potentiel commercial pour leur laisser quelques écrans. Notre seule chance de les voir vient des festivals, comme celui de CINÉMANIA (présentation de Si le vent soulève les sables lors de la 13ième édition en 2007). Il faut chérir et profiter de cette possibilité d’être confronté à autre chose que notre quotidien. Quand on prend le temps d’observer le discours social qui nous entoure présentement, on ne peut que souhaiter que le vent soulève les dunes de neige qui séparent notre vie de celle des autres nations du monde. On ne peut que souhaiter que chacun ait la chance de raconter son histoire, de la partager avec l’humanité entière. Et qu’il y ait des gens prêt à les écouter.

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About the Author

Anne-Louise Lalancette est une étudiante de première année du Département d’Études Cinématographiques de l’Université Concordia, au niveau maîtrise. Elle a obtenu avec distinction un Baccalauréat dans la même discipline, également de l’Université Concordia en 2006. Au cours de l’année 2005, elle fut une collaboratrice hebdomadaire de l’émission de radio The Elephant Friend Show, sur la radio de l’Université McGill. Elle était à la tête de la chronique de cinéma de l’émission, offrant diverses critiques de film en salle sous le pseudonyme, Loulou from the North. Ces intérêts professionnels concernent principalement les modes narratifs au cinéma, l’analyse détaillée de scènes et l’étude d’œuvres cinématographiques dans leurs contextes socio-historique.


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