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Les suppléments : Le bon grain et l’ivraie

À l’heure du mercantilisme triomphant, il en va pour les DVD comme pour tout produit de consommation courante : trompeur est l’emballage. Ne vous fiez pas aux annonces tapageuses et aux formules ronflantes (Director Approved Special Collector’s Edition 2 Discs Box Set), les spécialistes en mercatique et autres plombiers publicitaires étant passés maîtres dans l’art de vous faire prendre des choses pour ce qu’elles ne sont pas. Bref, tout dévédéphile qui se respecte doit développer un certain nombre de qualités idoines : sang froid, discernement, connaissances techniques et mœurs spartiates (facultatif).

Ce petit rappel en guise d’introduction m’a semblé nécessaire avant d’aborder le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui : les suppléments. Première constatation (merci à Colin Burnett, notre critique littéraire) : en règle générale, les boni des films réalisés depuis que l’usage du DVD s’est répandu sont d’un intérêt moindre, pour ne pas dire nul. Malgré la valeur ajoutée qu’induit le mot même de supplément, il faut bien reconnaître que la plupart du temps nous nous voyons offrir un répétitif exercice d’auto-glorification, au cours duquel metteur en scène, acteurs, producteurs et responsables des effets spéciaux nous expliquent, confortablement installés dans un décor de circonstance, combien le film, le metteur en scène, les acteurs et les effets spéciaux sont formidables. Bref, de la fausse représentation. Un exemple, parmi tant d’autres, fight club (divertissement fascisant pour mâle trentenaire occidental à enfance traumatisée par absence du père), dont le DVD comprend un disque entier d’interminables suppléments qui nous exposent par le menu tout le génie mis à contribution pour produire cette chose qui a la prétention d’être cinématographique. Même certaines extra features d’œuvres plus anciennes n’échappent pas à ce regrettable travers : à preuve celle de pulp fiction qui n’est qu’un fastidieux panégyrique de Tarantino, cinéaste qui n’en n’a pourtant pas besoin. Fort heureusement, existent des suppléments dignes de ce nom qui nous informent pertinemment sur le film qu’ils accompagnent. En voici quelques-uns qui, à mon humble avis, appartiennent à cette catégorie.

vertigo (Universal) : Les films d’Hitchcock sont plutôt bien lotis au chapitres des suppléments : que ce soit Universal, Warner ou Criterion, les éditeurs DVD de sir Alfred ont bien fait leur travail. Je retiens vertigo pour son très riche documentaire qui, en seulement trente minutes, est un panorama très complet sur cette œuvre merveilleusement inaltérable, de ses origines littéraires jusqu’à sa récente restauration (avec Kim Novak et Scorcese en prime).

citizen kane (Warner) : Les extra sont à la hauteur du monument, puisqu’un disque est réservé à l’exceptionnel The battle over Citizen Kane, un incontournable numéro de la très sérieuse série The american experience produite par PBS et qui aurait pu s’intituler Comment Citizen Kane a trucidé Orson Welles. Deux heures de pur régal…

cleopatra (20th Century Fox) : Cas intéressant où le supplément est meilleur que le film lui-même. Le coffret consacré à l’obèse et bancal opus de l’infortuné Manckiewiz (qui a fini le film sous amphétamines), contient deux disques pour le seul film et un troisième pour l’édifiant making of qui relate deux heures durant le comment et le pourquoi de ce ratage colossal qui accula la Fox à une quasi-faillite. Bush aurait été bien inspiré de le visionner avant d’envahir l’Irak.

coup de torchon (Criterion) : L’entrevue exclusive accordée par Tavernier pour l’édition DVD nord-américaine de son film le plus cynique (et le plus réussi en ce qui me concerne), vaut à elle seule la location, sinon l’achat dudit produit. Un vrai cinéaste parlant de son film avec plaisir, simplicité et humour, voilà qui fait du bien.

the treasure of the sierra madre (Warner) : D’une facture plutôt conventionnelle et présentée par un Robert Mitchum limite cacochyme, la biographie de John Huston, qui occupe le disque 2 du DVD, contient tout de même quelques perles rares (notamment d’excellents extraits d’entrevue du Monsieur). Pour 24$, si vous ajoutez le film (chef d’œuvre quasi-biblique), vous en avez amplement pour votre argent.

mission (Warner) : Ce DVD souffre du syndrome Cleopatra : le disque 2 (les suppléments) est meilleur que le disque 1 (le film). Mission n’est pas franchement mauvais, mais le peu subtil Roland Joffé a vraiment gâché un sujet en or. En revanche, parmi les bonis, le reportage que la BBC a effectué sur le tournage est tout ce qu’il y a de plus intéressant puisqu’il se penche plus particulièrement sur le cas de cette petite communauté d’autochtones amazoniens qui, pour les besoins du film, fut entièrement transplantée à des milliers de kilomètres de chez elle. Au passage, Joffé enfonce Werner Herzog pour la façon dont il a traité les figurants amérindiens lors du tournage de Fitzcarraldo.

le notti di cabiria Nights of Cabiria (Criterion) : L’essentiel des suppléments de ce film sublime est constitué d’une captivante entrevue exclusive avec Dominique Delouche, improbable et éphémère assistant-réalisateur de Fellini, dont l’expérience auprès du maître est singulièrement émouvante. On y apprend beaucoup sur sa façon de travailler et son état d’esprit de l’époque (1955).

taxi driver (Columbia) : L’exemple parfait du making of instructif. Le genre qui vous fait encore plus aimer le film, ce qui n’est pas une mince affaire dans ce cas-ci. Sobriété dans le ton, clarté dans la présentation, intelligence du propos. Bref, Martin Scorcese.

Je reviendrai sans aucun doute sur le même sujet, les parutions de DVD éditions spéciales de films précédemment sortis tout nus se succédant à un rythme effréné. Mais qui s’en plaindrait ?




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